Deuxième trimestre 2001
Les
députés n'enquêteront pas sur les "problèmes
d'application de la loi" à La Hague
L'Assemblée a rejeté une proposition
de résolution relative à la création d'une commission
d'enquête parlementaire sur les pratiques d'entreposage à
La Hague de matières nucléaires sans autorisation de les
retraiter.
WISE-Paris, le 07/05/2001
[Mise en ligne le 09/05/2001]
La Commission de la production et des échanges, à l'Assemblée
nationale traditionnellement chargée des questions nucléaires,
a examiné le 24 avril 2001 la proposition de résolution
N°2937 (http://www.assemblee-nationale.fr/propositions/pion2937.asp),
introduite le 12 mars 2001 par M. Noël Mamère, députe
Vert de Gironde, sur la création d'une commission d'enquête
parlementaire "relative à l'existence et au stockage de déchets
nucléaires non retraitables à l'usine de La Hague".
La proposition s'appuyait sur les "faits nouveaux" relatifs à
l'entreposage de matières nucléaires sans autorisation
de retraitement à La Hague : du "mauvais MOX" en provenance
de Hanau (affaire révélée par WISE-Paris le
14 février 2001, 'Transports
secrets et stockage illégal') et du MOX irradié en
provenance d'Allemagne (objet d'une plainte déposée
par le CRILAN le 6 mars 2001, rejetée le 20 mars 2001, 'Le
CRILAN débouté pour vice de forme'). Selon les auteurs
de la proposition, ces pratiques relèvent de la "délinquance
écologique" en violant la loi n° 91-1381 du 30 décembre 1991
qui interdit le stockage en France de déchets étrangers
"au-delà des délais techniques imposés par le retraitement".
Postérieur au dépôt de la résolution, le
problème similaire soulevé par l'association Greenpeace
dans le feuilleton juridique qui l'oppose à COGEMA depuis le
13 mars 2001 à propos de l'importation des combustibles irradiés
australiens d'ANSTO ('Jugement
sans précédent') n'a absolument pas été
pris en compte par la Commission.
Le rapport pour la Commission parlementaire sur la proposition de résolution
(http://www.assemblee-nationale.fr/rap%2Dreso/r3021.asp)
juge sa recevabilité "très incertaine", au motif que l'introduction
d'une proposition de résolution pour la création d'une
commission d'enquête ne peut être concomitante à
une enquête judiciaire en cours, en application du principe de
séparation des pouvoirs. Or, Mme Marylise Lebranchu, ministre
de la Justice, dans deux lettres à la Présidence de l'Assemblée
nationale les 30 mars et 11 avril 2001, affirme que "l'information
actuellement suivie au tribunal de grande instance de Cherbourg pour
stockage irrégulier de combustibles nucléaires et mise
en danger d'autrui", suite aux plaintes déposées, selon
le rapport le 31 décembre 1993 et le 12 mai 1997 (1),
"couvre des faits relatifs à l'importation de combustible MOX
en provenance d'Allemagne antérieurement à novembre 1998"
et recoupe donc "les faits d'importation évoqués dans
la proposition de résolution".
MM. Maxime Bono, député Socialiste et rapporteur sur
la proposition devant la Commission, et son président André
Lajoinie, député communiste, ont toutefois jugé
"très frustrant" de s'arrêter à des arguments de
forme "sur un sujet aussi passionnel" : abritée derrière
le problème de la recevabilité, la Commission a donc pu
débattre sans risque de l'opportunité de la proposition
de M. Mamère et de ses collègues écologistes.
Selon le rapport, "les problèmes soulevés par M. Noël
Mamère sont d'abord d'ordre législatif" et liés
à l'application de la loi de 1991. M. Bono rappelle que
M. Christian Bataille, rapporteur de cette loi, a déclaré
dans un entretien au Monde du 7 mars 2001 que ce texte
"n'a pas envisagé le cas de combustibles qui resteraient longtemps
en attente de retraitement", et que "son esprit est bafoué par
cette pratique". Pour M. Bono, qui "se refuse à considérer
comme des déchets nucléaires" les mauvais MOX importés
d'Hanau, ceux-ci sortent, et c'est "plus fâcheux", du champ d'application
de la loi de 1991.
Dans ces conditions, la Commission rejette l'idée d'une commission
d'enquête tout en proposant d'autres voies pour traiter de problèmes
qu'elle considère comme réels :
-
d'une part, elle renvoie à une nécessaire mise à
jour de la loi de 1991, incluant "un dispositif de sanctions
en cas de stockage de déchets nucléaires étrangers",
et à une discussion plus large sur "les questions liées
au maintien du retraitement et à la place du MOX dans notre
production électro-nucléaire". Elle propose que ces
points soient traités à travers une loi d'orientation
sur l'énergie qui doit, en vertu de la loi n° 2000-108
du 10 février 2000 relative à la modernisation
et au développement du service public de l'électricité,
être présentée au Parlement avant le 31 décembre 2002 ;
-
d'autre part, elle estime qu'un lieu existe déjà
pour les débats sur les aspects techniques liés au
retraitement et au MOX avec l'Office parlementaire d'évaluation
des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Celui-ci
prépare justement un rapport sur "la gestion des combustibles
irradiés non retraités", dont le rapporteur est Christian
Bataille. Dans ce cadre, M. Bono renvoie aux auditions publiques
du 3 mai 2001 à l'Assemblée nationale. Le rapport
de M. Bataille, qui pourrait avancer des propositions sur la
révision du cadre législatif, est attendu dans le
courant du mois de mai 2001.
Note :
- C'est en fait en janvier 1994 qu'une plainte contre X
a été déposée par le CRILAN et par Didier
Anger. Recentrée fin 1995 sur le stockage illégal de
déchets étrangers, elle a été complétée
en mai 1997 par une plainte complémentaire de Didier
Anger pour mise en danger de la vie d'autrui, au titre de la loi sur
ce sujet votée en 1996.
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